Ludovic BOULARD LE FUR

créé le 22 Février 2016

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Textes de Sammy Stein
Extraits d'entretiens dans la Revue en ligne Collection, 2010-2015
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Ludovic Boulard Le Fur invente les fétiches d'un mythe qui n'a pas de nom. Ses dessins et installations laissent entrevoir une œuvre-monde en perpétuel mouvement. Remettant sans cesse en question les moyens employés pour la faire exister (peintures, dessins sur papier, bois gravés, frottages, bas-reliefs, sculptures, constructions...), il se fait archéologue d'un passé mystérieux dont les racines pourraient se trouver dans sa fascination pour les vestiges dévastés d'anciennes civilisations, dans les comics américains des années 70 ou dans les traditions ancestrales des campagnes françaises.
Tas de gravas, titans abandonnés, épouvantails, fragments de statues, guerriers, randonneurs, baladins, gredins... Ces figures habitées naissent et meurent dans les paysages ardents que dessine continuellement l'artiste. À ses yeux, l'état de ruine n'est pas synonyme de fin mais de renouveau. (...)

À propos de l'installation Brûle Monsieur Carnaval
(...) Débarrassés de leurs couleurs vives et gravés directement dans le bois, les dessins de Ludovic Boulard Le Fur évoquent des temps antédiluviens, des peintures rupestres tracées par des fantômes, des objets de cultes anciens creusés dans l'écorce originelle...
Le tout semble rangé et installé dans le châlet en feu d'un anthropologue solitaire. Ne manque plus que l'odeur féroce du bois calciné. Quant à ses bandes dessinées - sans scénario précis, à la limite de l'abstraction - elles insufflent au cœur de son travail des récits de légendes oubliées. (...)



Texte de Denis Driffort
In Traquenard, Éditions Pollen, Monflanquin, 2014

Le travail de Ludovic Boulard Le Fur fascine par l'obsession qu'il révèle : celle du dessin pratiqué comme une transe. La dynamique des formes et des couleurs active une sarabande qui semble mêler les Marvel Comics à Roy Lichtenstein, l'univers du tatouage à l'art précolombien, la science-fiction à Gaston Chaissac...
Ce qui s'engage échappe à l'entendement. Il y est question de totems, d'icônes, de fétiches, de rituels et de symboles... Des dépouilles, des fragments, des formes bestiales ou humaines, se diluent dans des compositions saturées jusqu'à l'écœurement, évoquant des chaos guerriers aussi fascinants qu'inquiétants. Dessins, gravures sur papier ou sur bois, découpages ou installations agglomèrent un foisonnement de formes et de signes, pour délaisser les rives de la représentation et laisser libre court au langage brut et puissant du dessin.



Figure du mystère, Nicolas Millet
Publié en ligne sur Rue des Promenades, éditeur bimédia, 2009


Comment peut-on reconnaître l'existence des paysages naturalistes après avoir erré toute une nuit dans ceux de nos rêves. Ghérasim Luca

Il y a des chemins que ce monde indigne de l'existence s'évertue à occulter ; les steppes de l'inconscient et du pré-natal, elles, font fi des où, des quand et des pourquoi qui encombrent la vie de leurs agitations névrotiques.
Là où émerge la promesse de cris redevenus sacrés, nouveaux et éternels. Là où s'écroule enfin la pornographie moderne du tout-voir et du tout-montrer. En somme, le lieu opaque où recommencent le mystère et la terreur sacrée, les friches de l'enfance jamais élaguées, de cette enfance que tout fascine, l'eau comme la pierre, le premier bout de bois venu et les poils que laissent les animaux là où le sang a coulé.
Alors s'élève la montagne hallucinée dont le masque de pierre dissimule le gigantesque faciès. Bois, poils, métal glacé...
Est-ce aux hommes de se coucher ventre à terre, ou bien ces titanesques engeances ont-elles besoin de ceux-ci comme les dieux d'Aristophane dépendent des oiseaux ? S'il y a du sens dans cette ère nouvelle, après que tout s'est écroulé... ou avant que rien n'aie commencé à être consigné ? Mais qu'importe le sens et tout ce qui fait mine de rassurer puisqu'il nous suffit désormais de ne pas savoir, de ne pas dépouiller de son secret ce qui se cache en créant l'ombre. Insupportable écrin de l'humilité, lorsque l'homme, les bras au ciel, apprend qu'il n'est plus seul, que ces édifices, pour terrifiant qu'ils soient, peuvent le dissimuler, lui permettre de recommencer à heurter son âme comme un gong aux résonances infinies. Là où les os indiquent les routes à suivre, là où il n'y a plus de routes, là où il n'y en a jamais eu.
Nu comme la direction de nos étangs internes devenus Monde... Noir comme la nuit laissée à elle-même, débarrassée de ce qui la viole... Coloré comme la peur enfin bénie par les hommes...


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