Documentation et édition en art contemporain — Artistes visuels de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Bruno CARBONNET

créé le 11 Septembre 2020

Texte ci-dessous :

  • Entretien avec Hervé Bize, 1996


Autres textes dans le dossier :



Les énergies de Bruno Carbonnet
Entretien avec Hervé Bize, 1996

 

Hervé Bize : Dans un récent hors-série, la revue Art Press s'interroge sur le thème "Où est passée la peinture ?" ; comment répondriez-vous, de manière littérale, à cette question ?

Bruno Carbonnet : Je ne sais "où est passée la peinture" ; mais pour être plus présent, je crois qu'elle a toujours à faire avec un certain tour de "passe-passe". Cette capacité à la métamorphose, le peu de moyens matériels mis en œuvre, cet écart entre les phases de travail et le tableau final, ce sont tous ces fonctionnements qui retiennent mon travail dans l'exercice de ce médium.

H.B. : Dans un bref communiqué sur votre travail, vous employez le verbe plaire — "une peinture doit plaire autant aux savants qu'aux ignorants" — c'est un mot plutôt rare dans le discours actuel, où l'on aurait davantage tendance à concevoir l'approche d'une œuvre sous un aspect énigmatique, déroutant, semblable à une sorte d'épreuve ; qu'en pensez-vous ? Vous faites même état de votre souhait de peindre "un sujet reconnaissable par tous".

B.C. : L'énigmatique, qui fut une des bases de ma peinture, me semble maintenant comparable à une perte d'énergie ; tant pour le regardeur qui s'interroge sur l'élucidation de l'objet qui lui est présenté que pour le peintre qui recouvre au lieu de découvrir.

Il est possible de simplifier l'approche de l'œuvre pour qu'un certain "charme" opère. Charme est le terme qui complète le verbe "plaire". Le tableau s'assimile alors à un accueil possible du corps/regard de l'autre. Et s'il doit y avoir épreuve, c'est pour pouvoir saisir parfois la crudité, voire la violence de ce qui est montré. Pour l'artiste, l'épreuve, c'est de baisser les boucliers académiques, du classicisme et de la modernité, ne serait-ce que "juste pour voir"...

H.B. : Si sur le plan pictural, votre séjour en Inde, en 1993, semble avoir de profondes incidences sur votre travail, comment en êtes-vous venu à "l'inscrire" dans le champ de la spiritualité ? Rappelons à cet instant vos précédentes expositions à la galerie Saint-Séverin à Paris et dans l'église Notre-Dame de l'Assomption à Arques-la-Bataille.

B.C. : Mon séjour en Inde a été une expérience double : d'un côté, quitter une actualité artistique pour mieux voir son aliénation à la notion de progrès, et de l'autre, la découverte de forces énergétiques dans leurs brutalités ou subtilités. Alors, finir de croire à la logique dans l'évolution et être davantage attentif aux énergies : cela peut constituer des supports lorsque l'on s'interroge sur le spirituel. Ce sont des questions qui s'aimantent à la peinture grâce au silence inhérent à ces formes de recherches.