Documentation et édition en art contemporain — Artistes visuels de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Maxime LAMARCHE

créé le 07 Septembre 2017

Texte ci-dessous :

  • Texte de Marie Bechetoille, 2015
  • D'habitude romantique, Sophie Bonnet-Pourpet, 2013


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Texte de Marie Bechetoille
Catalogue de l'exposition Rendez-Vous, Jeune création internationale / Biennale de Lyon 2015, Coédition Institut d'Art Contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes, Musée d'art contemporain de Lyon, École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, 2015

 

Si dans ses œuvres, Maxime Lamarche se réfère souvent au cinéma, il s'intéresse autant au contenu du film qu'à la fabrication des effets d'illusion. Les sculptures et installations s'inspirent du réel pour le détourner vers la fiction, à des fins critiques. L'artiste construit et déconstruit des véhicules : voitures (Midnightswim), bateaux (Le calme après la tempête) ou hybridation des deux (Soft Serve Boat), souvent présentés en dehors de leurs contextes et dans des situations de naufrage. La mise en scène de ces moyens de transport devenus sculptures fabrique un récit de déroute avec humour et trucages. À l'image la sculpture Il a des ailes, mais hélas il n'a pas d'hélices, un moteur de moto visible dans le film Top Gun vient produire son propre éclairage. Mais l'artiste présente également des constructions plus architecturales, tels qu'un sauna (Sauna Malibu), une cabane (Marchons sur les toits) ou un Bivouac. Ces installations in situ répondent aux lieux d'expositions et viennent interroger à la fois leur espace réel mais aussi symbolique pour y créer d'autres narrations.

Dans l'exposition Rendez-Vous 15, Maxime Lamarche présente une sculpture : un voilier dont la coque a été découpée, puis reconstituée, les morceaux ayant au préalable été séparés par des cales. Ce découpage/recollage produit un déplacement : le voilier de loisir semble vouloir adopter la forme des jonques, bateaux traditionnels d'Asie. Dans l'espace, le voiler se courbe, tient faiblement en équilibre sur sa quille et laisse apparaître à travers sa coque une cabine intérieure vouée à l'abandon... Avec cette œuvre, Maxime Lamarche poursuit son exploration de la sculpture en créant un nouveau scénario catastrophe.




 

D'habitude romantique
Texte de Sophie Bonnet-Pourpet

Intersection Magazine n°20, 2013


Une voiture finissait sa route dans un étang à Nantes, le toit et l'arrière émergeant de l'eau comme une scène de film hollywoodien (un remake de Psycho avec une Ford de 15 ans sa cadette). Puis il débitait, cet hiver, dans les hauteurs du Pilat, un cèdre du Liban pour la construction d'une tour de garde type côte californienne. Et comme en juin 2012 il avait retourné l'architecture — faisant d'un grenier une terrasse —, la désuète cabane des sauveteurs de Malibu, promettait de renverser le bain de chaleur pour abriter un sauna deux personnes. L'affaire fonctionnant avec un moteur de 205 diesel — voiture de dragueur — de 1989, année de la sortie d'Alerte à Malibu.

Véritables machines célibataires, les sculptures de Maxime Lamarche nourries de passions mécaniques, de culture populaire et d'emprunts vernaculaires, détournent, hybrident, et se récupèrent entre-elles. Alors, comme il restait une demie Ford Taunus de 76 après la réalisation de l'épave de Midnightswim, il en fit un hors-bord. (Et comme il dut acheter une remorque pour lui faire quitter l'atelier et qu'un bateau vint avec, il en fera peut-être un jacuzzi). Bref. C'est liquide. Le vaisseau, couleur rouille nouvelle, est à mi-chemin entre une esthétique post apocalyptique à la
Mad Max et un projet tuning Dubaïen. Les points de soudure ultra visibles se jouent du prototype qui sans étanchéité ni moteur — mais d'apparence follement bien fait (jusqu'au détail bouée porte-clé) — tourne en ridicule la fonctionnalité du bateau de course hypothétique (avec autocollants pour le folklore), en podium lorsqu'on grimpe à bord. Son nom en lettres peintes, Soft Serve, traduction française de la glace à l'italienne inventée par les américains, finit de teinter d'absurde le bateau sur roues.

Quand l'exposition est finie, elle continue, et toujours sanglée sur la remorque, cette fois tractée, la bête sort du white cube. La scène est pittoresque. Le convoi exceptionnel devient sculpture de "bord" de route. Car Maxime Lamarche aime sortir ses sculptures. L'enseigne d'un stand de hot-dog s'était précédemment plantée dans les Alpes pendant qu'un étrange flying-case anormalement lourd se déplaçait en laque automobile Red Ferrari Classic. Puis renversant la projection, une structure publicitaire de bord de route devenait l'écran de son propre spectacle : Une Dodge challenger modèle 2009 — réplique moderne des mythiques muscles cars des années 70 — démarrait en furie alors que son image restait presque fixe et finissait par se voiler de fumée blanche, comme un road movie vu de son objet, synthèse additive.


D'ailleurs, Il a des ailes, hélas il n'a pas d'hélices, curieuse construction autour du moteur d'une Kawasaki, mythique moto vue notamment dans Top Gun en 1987, est un groupe électrogène incongrûment narcissique qui s'auto-éclaire. Alors il n'y a plus de frontière entre décor et personnage. Et dans la vidéo Object in mirror are closer than they appear, on voit Midnightswim replonger dans le Rhône le temps d'un levé de soleil. C'est déroutement beau (et émouvant).