Documentation et édition en art contemporain — Artistes visuels de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Amandine MOHAMED-DELAPORTE

créé le 28 Août 2019

Diffraction – une pratique photographique expérimentale

par Émilie Saccoccio, juin 2019

 

La photographie documentaire chez Amandine Mohamed-Delaporte s'affirme comme une base de documentation, de recherche, de captation, puis quelque chose passe outre. Le travail de la lumière n'est plus seulement dans l'image mais sort de cet espace pour montrer, exposer, sculpter.

L'étalement urbain, la planification et ses immeubles modernes, ces espaces que tout un chacun connaît et pratique, sont ses terrains de recherche. Si la première intervention consiste à documenter ces lieux périphériques, son travail se poursuit ensuite à l'atelier où l'artiste expérimente jusqu'à l'installation et la sculpture. Le travail de l'image se détache du mur et descend s'installer au milieu des espaces. Ce sont des images qui prennent corps dans des volumes, des compositions de lumière qui se matérialisent. Ce sont des effets qui, ajoutés à l'image, en sublimant un détail, deviennent le cœur même de ce qu'il y a à voir. Quelque chose est en mouvement, quelque chose se déplace en permanence dans les assemblages de l'artiste et nous renvoie aux grands chantiers urbains de construction s'élevant à une vitesse considérable.

Parfois la matière photographiée devient matière tangible de l'œuvre, une tentative d'expérience pleine qui déborde sur elle-même. Une sensation de bâti très forte se forme, l'assemblage s'opère. Utilisées dans leur forme brute, identifiables, le béton, le plâtre, le plexiglas, la gélatine, provoquent un rapport franc, direct, au corps du spectateur. Nous sommes invités à la liberté créée par une malléabilité retrouvée de ces espaces urbains et à ce qui peut s'y développer dans le presque illicite.

La technique peut également devenir sujet d'une œuvre à part entière. Cela atteint son paroxysme dans la série Voici le piège de ta vie mon amour. Le matériel photographique de laboratoire devient le sujet des photographies, le laboratoire devient scène, la scène devient document. Les fiches techniques sont motifs et sont réinterprétées, l'univers se déploie pour sa fonction picturale et narrative et plus seulement utilitaire.
 
Effets d'échelles – accéder par la photographie
Les photographies de l'artiste jouent avec cette impression de vertige qui nous prend lorsque nous descendons d'une voiture, près d'un précipice, pour regarder au loin le paysage. Les princes de la ville l'explore tout particulièrement. Le point de vue de l'artiste nous place au sol, sous ces immenses viaducs qui jalonnent le sud de la France, à ces endroits stratégiques où la dimension monumentale est la plus forte. La question de l'échelle est constamment en jeu chez A.M-D, quelque chose qui viendrait nous demander où l'homme peut se placer vis–à–vis d'éléments si imposants.
Les images sont ensuite intégrées dans des installations à échelle humaine, l'assemblage dénote alors de la fragilité de ces constructions. Mais ces bâtiments sont aussi habités, et on découvre dans les photographies des formes d'habitations parallèles qui se développent en dessous.

Recherche de points tranquilles
Lorsque l'artiste photographie le monumental, à l'image de ses images de planification urbaine, elle en donne une dimension fragile, bricolée. A contrario des habitats précaires qu'elle documente, se dégage quelque chose de puissant, s'assumant malgré des moyens qu'on sent limités ou faute de place. Et c'est par la recherche d'effets, par la modification de notre perception qu'elle réalise ce décalage dans notre regard. La lumière n'est alors plus la même et notre expérience de ces espaces peut s'ouvrir.