Richard MONNIER

créé le 16 Septembre 2012

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Texte ci-dessous :

  • Portrait de l'astronome en joueur de boules. Richard Monnier et l'éclairage de l'empirisme (extrait), Frédéric Paul, 2002

 


Autres textes dans le dossier :



Portrait de l'astronome en joueur de boules 
Richard Monnier et l'éclairage de l'empirisme
Par Frédéric Paul, 2002
Extrait du texte publié dans Les Cahiers du MNAM, Centre Pompidou, Paris, n°83, printemps 2003

Avant d'être sculpteur et peut-être même avant d'être artiste, Richard Monnier est d'abord un chercheur. C'est pourquoi, depuis 1980, la production matérielle n'a jamais été une finalité dans son travail. Au rythme d'une ou deux sculptures ou sinon d'une photographie ou d'un dessin par an, sa productivité est en effet décourageante... Si, de plus, on précise que ses sculptures sont dans la plupart des cas réalisées dans des matériaux instables, on comprendra la tranquille irréductibilité de Monnier à la loi du marché, et on pourra même s'étonner de le voir représenté dans huit collections publiques !

"Je ne suis pas attaché à des matériaux mais à des processus d'apparition de la forme", déclarait-il, quand son travail présentait encore les apparences de la sculpture. Expansion, tressage, découpe, enroulement, superposition, dispersion... Dans le prolongement du Process Art, Monnier s'en tenait alors à des gestes simples et répétitifs, des gestes induits par des matériaux dont le choix était lui même induit par l'observation de caractéristiques physiques particulières. La mousse de polyuréthane, le ciment, le grillage à poule, la colle thermo-fusible, etc. Sans oublier le matériau de l'histoire de l'art, Monnier puisant longtemps dans le XXe siècle (Brancusi, Max Bill, César, Serra, Hesse...) pour se tourner plus récemment vers la Renaissance, et son œuvre redoublant d'invisibilité dès lors ! Car l'œuvre de Monnier ne serait pas ce qu'elle est si son auteur n'était aussi un inlassable enseignant : toujours à mi-chemin de la bibliothèque et du réduit minable et encombré qui lui sert d'atelier. La recherche documentaire relève ici du réflexe professionnel, mais elle est tout aussi empirique. C'est ce qui lui permet de créer des ponts inattendus entre l'Op Art et l'Art concret. C'est ce qui donne à certaines de ses œuvres, sinon un fini, du moins une silhouette minimaliste et à d'autres celles de gadgets psychédéliques. C'est ce qui le rend atypique, sans être anachronique. C'est ce qui lui donne une vue imprenable, car d'expérience, sur l'art des années soixante-dix à nos jours. L'artiste bricole imperturbablement, il s'obstine calmement. Très bien informé, il n'en préfère pas moins l'approche aléatoire (plusieurs de ses œuvres font d'ailleurs explicitement référence au jeu de dés) et spontanée, revendiquant sans scrupule le caractère laborieux de sa démarche et s'étonnant peut-être lui même que des gestes, des matériaux et des références si disparates puissent être à l'origine d'une œuvre marquée par une indiscutable unité formelle et conceptuelle, et demeurant toujours ouverte et imprévisible.

Depuis plusieurs années, il se penche sur l'approche empirique de la perspective par les peintres de la Renaissance, Monnier s'est peu à peu détourné de la pratique du volume et même de la photographie au profit du dessin et de l'outil informatique. Il fait ainsi l'économie du matériau et entre dans un espace où les mathématiques et la programmation mènent leur enquête sur l'espace livré à notre perception. Les processus cèdent aux procédures : de projection, de rabattement. Ce ne sont plus des actions exercées directement sur des matériaux mais la stricte application de règles de géométrie ou de programmation cuisinées maison, avec leur lot d'erreurs volontaires ou involontaires, qui, sous les yeux étonnés de l'artiste, produisent des vues de sous-bois, des interludes cinétiques ou qui relèvent en trois dimensions certaines figures qui n'aspiraient qu'à rester désespérément planes ou, mieux encore, à disparaître. Le dessin, si aérien et si subtil soit-il, parfois, n'advenant en vérité que comme la dernière conséquence d'une chaîne de décisions incorporant force repentirs et démentis subjectifs en guise de méthodologie. "Mes derniers dessins, écrit Monnier, introduisent dans des systèmes de projections des procédures qui produisent des formes aberrantes (Piero et Leonardo) ou des sortes d'hybrides (Sous-bois). J'ai [aussi] réalisé une œuvre informatique dont le code génère beaucoup plus de résultats imprévisibles que si j'avais introduit volontairement un fonction aléatoire. En fait, c'est une erreur dans le calcul de dégradés de couleur qui anime Dégradé dégradés."

Richard Monnier est tout sauf un artiste dilettante soumis à la fascination régressive des "nouvelles technologies". (Un vieux PC lui suffit !) S'il développe les compétences relatives de plusieurs amateurs (épistémologue, historien), c'est toujours dans le fil des recherches exigeantes qu'il a engagées au début des années 80 en tant que sculpteur... Le temps passé à concevoir ou à revisiter ces méthodes à produire de la forme en plan ou en trois dimensions est un matériau flexible et réversible à volonté, qui exclut toute idée de vitesse, de progrès et de répétition, et qui pourrait s'assimiler au temps de l'écrit, dans ce que celui-ci peut avoir de plus désintéressé, de plus précis et en même temps de moins "productif". Il serait donc trop simple de conclure qu'au temps instable de la sculpture s'est substitué le temps implacable de la formule. [...]





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