Documentation et édition en art contemporain — Artistes visuels de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Guillaume PEREZ

créé le 17 Décembre 2019

Textes ci-dessous :

  • Guillaume Perez, 2016
  • Pavillon, Leïla Couradin, 2018



Autres textes dans le dossier :





Texte de Guillaume Perez, 2016

Ôter le superflu, ne laisser que l'essentiel ; amener vers l'abstraction une situation existante ; construire et déconstruire des formes liées à l'espace et à l'idée de temps, sont autant de modalités du travail de Guillaume Perez. Les tensions entre les plans, les couleurs ou la relation entre volume et espace deviennent la dynamique d'une pratique ressemblant à de la peinture. Il s'agit en fait d'une tentative d'en traiter le support, l'histoire, le langage et les paramètres sans la produire réellement. La peinture comme un objet, et aussi comme une forme, une surface : minimaliste, souvent monochrome et géométriquement plane. Dans ce processus, essentiellement pictural, les matériaux revêtent une grande importance.

Souvent trouvés, usés, ils sont soigneusement choisis pour leur potentiel en tant que support. Inscrit dans une perspective historique, l'artiste déplace les enjeux du plan à l'espace : les formes de l'avant-garde, du modernisme ou de l'art minimal, sont déstructurées jusqu'à devenir les éléments de son vocabulaire plastique. L'utilisation de fragments, de morceaux hétérogènes, qui passent par l'atelier et qu'il faudra réadapter pour chaque nouvel environnement, produit une esthétique de l'instable. L'ensemble conjugue une réflexion sur la pratique de la peinture, de son statut, à une manière de parler de l'espace qui l'entoure.




Pavillon, par Leïla Couradin, 2018

Publié dans la revue Artaïs à l'occasion de l'exposition Pavillon à l'INSA Lyon, en partenariat avec l'Institut d'art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes


L'exposition Pavillon, à l'INSA Lyon, réunit de nouvelles pièces de Guillaume Perez, ainsi qu'une photographie de Walker Evans (Sans titre, 1936) prêtée par l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne (FRAC Rhône-Alpes) dans le cadre de Collection à l'étude. L'architecture moderniste singulière de la galerie qui accueille ce projet a largement influencé le travail de l'artiste. Le titre Pavillon (du latin papilio, -onis, papillon) convoque la légèreté de l'insecte appliquée à une structure au plan libre, possiblement mobile. Les œuvres ici exposées y re-dessinent un parcours fait d'éclipses ou de dévoilements, laissant apparaître l'intérêt de Guillaume Perez pour les modalités de mise en présence de pièces dans un espace.

Formellement, les éléments architecturaux qui composent la galerie répondent aux œuvres exposées. Le châssis vitré renvoie à la géométrie des toiles qui le jouxtent. Le mur est partie prenante des pièces qu'il accueille sur sa surface et son grain est révélé par une image dont il est le support. Chaque œuvre suggère un questionnement spécifique, tout en développant des problématiques transversales dans le travail de Guillaume Perez. Celles-ci semblent se cristalliser dans la photographie de Walker Evans. La paire de chaussures usées du fermier américain pourrait être celle de l'artiste dans l'atelier. Elle évoque le corps absent, comme le corps au travail qui influe sur son environnement en modifiant la matière. L'image de ces bottines abandonnées là sur un sol poussiéreux, renvoie à l'histoire politique et sociale de leur propriétaire, tout en représentant plus largement le marqueur d'une temporalité qui s'érode.

Chère à Guillaume Perez, cette notion se matérialise également dans Les reliefs (2018), disques de caoutchouc d'abord trouvés, puis stockés dans l'atelier, avant d'être disposés ça et là dans l'espace d'exposition. Ils portent les traces - de pas ou de peinture - du passage du temps au sein d'un environnement qui à son tour, agit sur les objets.

Les grand formats de peintures (Flottement, vert, 2018 et Flottement, rose M., 2018) laissent supposer à nouveau le geste dans l'atelier, répétitif et conscientisé cette fois. Ne vous y trompez pas, ils ne sont en rien des monochromes : les couches de matière successives permettent l'affleurement d'une multitude de subtilités produisant un effet de transparence qui n'est pas sans rappeler les recherches des expressionnistes abstraits américains. Les modes d'accrochage, souvent fruits du hasard (une plaque de bois trouvée perforée notamment), rappellent la pré-existence des matériaux dans un autre contexte, domestique ou industriel. Le temps, ici encore, est le personnage discret dont l'artiste peint inlassablement le portrait.

Une autre peinture, sur polyéthylène (Feels like company, 2018) joue le voile, qui occulte autant qu'il suggère et se fait métaphore du procédé photographique ainsi que du principe de surgissement des images. La transparence feinte, qui répond aux aplats colorés, contraint le déplacement du corps dans l'espace et invite par cela à la curiosité.

Pavillon, dont l'accrochage a été minutieusement travaillé constitue la véritable réponse d'un artiste (par ailleurs commissaire), aux problématiques de l'exposition. Les œuvres exposées dialoguent avec l'architecture, tout en développant un propos dense, étayé par la photographie de Walker Evans, au cœur duquel se trouvent la matière et les transformations que l'artiste ou le temps y apportent.