Jean-Xavier RENAUD

créé le 03 Décembre 2012

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Jean-Xavier Renaud. Infecter l'œil.
Par Erik Verhagen
In Jean-Xavier Renaud, Édition Galerie Françoise Besson, Lyon, 2011

 

Le Stedelijk Museum d'Amsterdam avait organisé en 2001 une remarquable exposition intitulée Eye Infection (infection de l'œil) réunissant les artistes Robert Crumb, Mike Kelley, Jim Nutt, Peter Saul et H.C. Westermann. Le propos et le titre visaient à démontrer que parallèlement au récit officiel de l'histoire de l'art américain des années 1960 – la voie royale moderniste-minimaliste – s'étaient développées des trajectoires singulières (l'œuvre de Kelley s'affranchissant de ce cadre chronologique), réfractaires au culte d'une « opticalité » affiché, entre autres, par le critique Clement Greenberg et l'artiste Donald Judd. Les trajectoires en question n'étaient en outre pas assimilables à un Pop Art, trop lisse et propret. En d'autres mots, ces artistes n'avaient pas leur place au sein d'une histoire de l'art fortement compartimentée, voire ghettoïsée. Mais ne pouvaient pas non plus être relégués dans la case de l'Art Brut. Et ce en dépit du fait qu'un créateur hors-normes comme Henry Darger aurait pu en toute légitimité être associé à ce projet d'exposition.

Eût-il été américain et eût-il travaillé dans les années 1960, il en aurait été de même de Jean-Xavier Renaud. Or, d'une certaine manière, la place qui lui échoit aujourd'hui dans le paysage et la vie artistiques français n'est pas sans évoquer celle, en leur temps, des artistes précités. La « vie artistique », Renaud ne s'en soucie néanmoins guère, le spectacle permanent offert par cette dernière ne remplaçant en rien « un bon footing dans les bois avec mes chiennes ou l'observation d'un putain de lichen » [1].

On l'aura compris, Renaud n'est pas un adepte de la théorisation. Son ambition est effectivement autre, à la fois modeste et incommensurable, Renaud cherchant à « observer et rendre compte de ce qui se passe » et à retranscrire ses observations par le biais d'une panoplie stylistique et technique d'une grande diversité. Exprime-t-il pour autant ses points de vue ? Non, du moins pas exclusivement, car à l'image des écrits de Michel Houellebecq ou des dessins de Raymond Pettibon, plasticien auquel on serait tenté de le comparer, nous sommes confrontés chez Renaud à un propos polysémique où différentes voix s'enchevêtrent, l'éventail de factures et de thématiques sur lequel il s'appuie étant symptomatique de ce brouillage de pistes et télescopage d'opinions dont l'artiste s'est fait le porte-parole.

 

Résumer son œuvre relève d'une mission impossible. Généreuse et protéiforme, elle innerve un champ iconographique et, comme nous l'avons précisé, stylistique des plus étendus où la part accordée à la sexualité n'est pas des moindres, l'artiste se pliant là aussi, dans une perspective mimétique et réfléchissante, à l'hyperconsommation et banalisation de la chose sexuelle et pornographique telle qu'hypertrophiée par les (plus si) nouveaux médias. Le Web et l'univers des jeux vidéo, sans oublier la BD, constituent à ce titre des sources d'inspiration primordiales pour l'artiste. « Je joue beaucoup aux jeux vidéo et après je dessine. Je suis un gamer [...] Il y a un aspect que les gens connaissent peu de mon travail, c'est que j'ai suivi toute l'évolution de la représentation graphique sur ordinateur. Ainsi, tu vois comment, avec l'avancée des possibilités techniques, le mode de représentation change, et quels choix font les concepteurs ou le programmateur. Ça me fascine. Je pense que mes images sont très influencées par ces données, dans le sens où je m'autorise des représentations simples. Une tête, c'est trois points, il n'y a pas besoin de plus. C'est un langage comme un autre, je peux aussi l'utiliser. Qu'est-ce que j'en ai à branler à partir du moment où ça sert mon idée ! ».

Le catalogue d'œuvres de Renaud comprend des natures mortes et des paysages, des scènes de genre et des « portraits » sans oublier de rares compositions abstraites. Selon les cas, l'artiste associe les images à du texte. Le registre peut être « sérieux », notamment dans les paysages, mais relève le plus souvent du calembour, du propos scabreux, du détournement et d'un humour potache qui évoquent la néo-comédie américaine, tendance frères Farrelly, Will Ferrell et l'excellente série Eastbound and down, dont l'univers et l'atmosphère rappellent, à bien des égards, le monde selon Renaud. Monde étrange où l'on rencontre un butteur de patates et Bernadette Soubirou, un brame à poutre et une énigmatique double salope on the rocks close to the scie. C'est d'une crétinerie absolue et totalement régressif. Mais cela a l'immense avantage de nous infecter un œil qui en avait grand besoin.



[1] Cette citation comme les suivantes est extraite de l'entretien de Jean-Xavier Renaud avec Julien Kedryna, Collection #2, 2011.







Le lichen
Par Marc Desgrandchamps
In Jean-Xavier Renaud, Édition Galerie Françoise Besson, Lyon, 2011


 

Il était une fois, il y a bien longtemps, avant que les chiens n'envahissent les campagnes et se demandent si l'humanité a vraiment existé, un artiste qui vivait sur un plateau, dans les montagnes du Jura. Il s'appelait Jean-Xavier Renaud. Ses biographes ont retenu qu'il aimait courir dans les bois. On dit aussi qu'il aimait rire, c'est du moins ce qu'il avait déclaré un jour où on le pressait de délivrer les secrets de son art, dans un de ces catalogues que les bibliophiles s'arrachent aujourd'hui à prix d'or.

 

Au vu de ce qui nous est parvenu de ses œuvres, ce rire semble avoir été joyeux, jaune, moqueur et caustique, relié à une observation précise du monde, dans ses petites choses comme dans ses manifestations les plus spectaculaires. Jxr était tantôt amusé, tantôt indigné, ses objets d'indignation réalisant assez vite leur infortune si jamais il leur était donné de voir la peinture ou le dessin dont ils étaient le sujet. Il savait être ému par un mur couvert de lichen, un chien fatigué ou un site pluvieux, émotions qu'il prenait le temps de transcrire au moyen d'aquarelles aux coloris subtils et attentifs à l'éphémère beauté de la nature, nature qu'il tentait de préserver du mieux possible au travers de ses engagements électifs. Il n'y avait rien de sectaire chez lui, il était ouvert à la discussion, mais s'il apprenait qu'un projet de route risquait d'empêcher une  salamandre de faire sa promenade dominicale, alors il devenait féroce, férocité qu'il savait parfaitement transposer en peinture. Ses œuvres n'étaient cependant pas engagées dans le sens réaliste socialiste que certains ont voulu accorder à ce mot. Elles n'étaient pas édifiantes. Elles étaient juste un mode d'action immédiat, une réaction citoyenne, à la façon dont le chanteur Woody Guthrie désignait sa guitare comme un instrument qui tuait les fascistes. De même, Jxr aurait pu dire que deux ou trois couleurs bien assemblées permettent parfois de faire régresser certains états de bêtise inhérents aux sociétés humaines. L'économie de moyens était une constante de son travail et souvent quelques traits d'encre sur une feuille de papier lui suffisaient à décrire une situation, à la manière dont un George Grosz dénonçait les travers d'un monde condamné.

 

Cependant, si le contenu fut moteur dans son œuvre, la forme ne lui était jamais sacrifiée. Elle venait renforcer et appuyer la narration, et même parfois lui échappait pour s'affirmer à la surface de la toile de manière autonome et détachée d'un sujet trop déterminé ou descriptif. Les lettres, les mots, jouaient avec le sens, en slogans détournés s'incarnant en parties prenantes du medium, qu'il soit huile, encre ou pastel. Ces inscriptions devenaient elles-mêmes images, renversant le sens, dérapant vers des représentations triviales, obscènes, électrochocs visuels à l'efficacité ravageuse. L'obscénité est la chose la mieux partagée du monde, un état universel, c'est ce qui apparaissait dans ces représentations crues, fantasmatiques, jouant avec la bienséance, de manière cruelle, ironique, et joyeuse.

 

Ainsi Jxr aimait rire, et il aimait aussi jouer, d'où sa passion pour les jeux vidéos, propagateurs de scènes parfois cocasses comme celles qui lui servaient de motifs. Il aimait jouer avec les figures et le sens dans ses compositions et également, parfois, avec les nerfs de ses collègues du conseil municipal, dans de grandes peintures où il mettait en scène ce qu'il avait observé et entendu des débats de cette assemblée, sorte de survivance de la Grèce athénienne au début du XXIe siècle. Aujourd'hui où nous avons perdu le sens de ces représentations, il demeure, à la vue du tableau intitulé « la Réunion », l'évidence d'un sublime morceau de peinture, à la fois uni et disparate, entre sa nature morte au premier plan et le dégagement sur le paysage hivernal du Jura, avec sur le côté un autoportrait du peintre témoignant peut-être des contrariétés éprouvées durant ce type de séance. Il y a là une représentation sociale, une description à la manière des peintres hollandais du XVIIe siècle, ou plus proche de Jxr en terme temporel, à la manière du peintre Jed Martin, héros du roman de Michel Houellebecq, « La Carte et le Territoire ». Écoutons d'ailleurs ce que disait ce même Houellebecq : « Auparavant, quand je pensais à la peinture, je ne mesurais pas cette capacité qu'elle a de dire une vérité sociale ». [1] Il semble que cette capacité de dire une vérité sociale fut le cas de cette « Réunion », chef d'œuvre présenté à l'exposition collective Dynasty [2], tableau qui ne fut pas, comme souvent, reconnu à sa juste valeur en son temps.  Sans doute s'agissait-il d'un de ces « objets premiers » décrits par l'historien de l'art George Kübler, un objet esthétique fondateur d'une longue lignée, lignée confirmée par les faits puisque ce tableau devait faire école dans les décennies qui suivirent.


 

[1]- artpress n°371, octobre 2010, interview par Catherine Millet et Jacques Henric.

[2]- Il semble que Jxr ait participé à plusieurs manifestations collectives, Dynasty et Dynasto étant les plus connues, même si l'histoire de l'art n'a pas retenu le nom des autres artistes, à l'exception de Gaëlle Foray.







Météorites et autres corps terrestres
Par Fabrice Hergott
In Dorothéa von Stetten Kunstpreis 2008, catalogue de l'exposition, Kunstmuseum, Bonn, 2008


 

Parfois, on peut se demander si les artistes comprennent ce qu'ils font ? Jean-Xavier Renaud m'a souvent surpris par le décalage entre sa personne paisible, timide et ses dessins. La première fois que je les ai vus, il ya peut-être cinq ans de cela, ils m'avaient interloqués. Des petits croquis faits au stylo bille, incisifs et vengeurs. Ils ressemblaient à des croquis de mauvais garçon, des choses vues et entendues à la télévision, dans la rue, à l'hypermarché du quartier ou des blagues telles qu'on se les répète pour soi-même et qu'il serait bien difficile de raconter en public. Avec cela une forme d'expression assez variable qui va du croquis rapide et sans intention artistique au dessin très soigné, presque hyperréaliste. Ces différences de manière semblent suivre les variations de ses pensées. Elles existent sans aucune hiérarchie entre les scènes, comme si elles coexistaient dans une énorme bulle dont il serait le scrupuleux chroniqueur. On pourrait croire à un journal en image, un recueil de notations et de méditations, une sorte de scrapbook fait de ce qui lui passe plus ou moins rapidement par la tête et que nous trouvons dans différents formats et différentes techniques (croquis au stylo bille, aquarelle, craie grasse ou peinture sur toile).

 

La vitalité joyeuse de ses dessins ne se prive pas non plus d'un peu de noirceur. Tous reposent sur une vision des relations humaines où la grossièreté remplace la politesse et la violence l'indifférence avec une férocité allègre dénuée de toute sentimentalité et très revigorante. Si ses dessins et peintures ne représentent pas ce que nous aimerions vivre (ils sont une fidèle description de l'enfer), ils possèdent une liberté et une sorte d'insouciance que je n'ai jamais vu nulle part. Nous sommes loin ici d'un art compassé, très loin du politiquement correct et pourtant très proches de la vie. D'une vie de jeu vidéo où l'on peut faire très facilement tout ce qu'il serait très déplaisant de faire dans la vie réelle, comme par exemple tuer ou mourir, choses assez lourdes et douloureuses à réaliser mais que le jeu permet indéfiniment non seulement sans mal mais avec un réel plaisir.

 

Le style, ou plus exactement la variété des styles permet de s'infiltrer non seulement dans les idées que l'on a mais celles que l'on s'empêche d'avoir. Chacun reconnaîtra dans ce théâtre de l'absurde, la manière dont les pensées s'enchaînent dès qu'elles ne sont plus dans une action. Ici l'individu n'est pas l'artiste mais le spectateur. Par un curieux processus d'auto effacement semble laisser la place à ses sujets entrés dans ses dessins sans que l'on ne comprenne très bien ni comment ni pourquoi. Peut-être par le fait de cette liberté stylistique. Ce sont des images gavées de références à la publicité, la télévision et que l'artiste paraît rassembler avec la voracité placide d'un aspirateur passant sous un canapé un peu délaissé. La bulle n'est plus une jolie bulle mais un sac, gonflé, indifférent et cruel.

 

Il en résulte une sorte de système des déchets qui se situe en dehors de l'économie commerciale des images, comme si le sujet de ces œuvres appartenait au monde invisible du rejet. Elles nous fascinent et nous les aimons parce qu'elles nous soulagent de tout ce que nous absorbons chaque jour : de la beauté comme critère, de la politesse, de la pudeur, du respect comme qualité, du silence et plus généralement de l'étouffement. Un lapin enfermé dans une clôture de barbelés dont les poteaux sont des carottes est, je ne sais pas vraiment pourquoi, une image exacte et forte de la vie que nous menons. Un portrait dont les yeux en amande sont remplacés par des amandes peintes en dit long sur l'enfermement où nous tiennent images et métaphores.

 

Ce n'est pas tant l'humour caustique qui étonne (Sandra Cattini le compare à Wilhem, le génial dessinateur de Libération), que sa façon de dessiner comme si c'était la seule manière de contenir le foisonnement du réel. Jean-Xavier Renaud filtre peu. Il reproduit sans distinction des bribes de phrases telles qu'elles vous parviennent dans la rue, des morceaux de corps et des visages tels que la publicité vous les vend. Le tout cousu ensemble par un dessin froid, technique, tantôt faussement naïf, tantôt scrupuleux. Tant de disponibilité et tant d'attention sont différents de la plupart des œuvres qui sont souvent dans une sorte de spécialisation, de problématique plus ou moins acérée, assez peu actuelle, un peu ennuyeuse, et qui finit par laisser filer la vie comme une terrible et gigantesque occasion manquée. Ici nous n'avons pas trop le temps de comprendre. Chaque dessin semble venu de loin pour aller très loin, même si nous devons reconnaître que rien, en détails, ne nous est étranger.

 

Alors on se laisse porter par ce voyage sans fin, cette histoire sans morale où tout se mélange. Le privé, le public, le vieux et l'ancien, mais toujours en relation avec le monde immédiat. Un monde sans autre culture que celui de la consommation frénétique et un principe de survie qui fait que l'homme (ou la femme) et le champignon sont plus proches qu'on ne le croit, tout à fait disposés à se dévorer entre eux et à être dévorés par ce qui passerait à proximité et dont personne n'a la moindre idée. C'est en tous cas, ce qui apparaît dans ses dessins qui sont comme des symptômes de la cruauté généralisés, de la fragilité des relations et même du fil tendu, de la lame de rasoir qui traverse la vie, le réel et tout cet ensemble de choses si difficiles à identifier. Bref, je ne sais pas si Jean-Xavier Renaud sait ce qu'il fait. Il est certain que lui nous fait comprendre que nous ne savons pas ce que nous voyons. Ces dessins sont des météorites qui nous filent au-dessus de la  tête sans que nous soyons en mesure un instant de comprendre ce qu'il contiennent. Notre vie, celle des autres ? Quels autres ? On n'est plus sûr de rien.







Diogène de Woippy
Par Jean-Xavier Renaud et Maxime Hourdequin

In Dynasty, catalogue de l'exposition, Palais de Tokyo / Musée d'art moderne de la Ville de Paris, Édition Paris Musées, 2010


 

Né en 1977 à Woippy en Lorraine, Jean-Xavier Renaud habite depuis 2004 à Hauteville-Lompnès - prononcez « Hauteville-Lonne » - commune réputée pour ses centres de soins et chef-lieu de canton de l'Ain, sorte de Twin Peaks français situé à 1000 m d'altitude dans le Haut-Bugey. Il se décrit en ces termes :

« Il a deux chiens, trois poules, deux canards, un pigeon-paon et cultive des terres avec ses amis.

Parallèlement à sa pratique artistique, il donne des cours de dessin auprès de différents publics (hôpitaux psychiatriques, service gériatrique, maisons d'arrêt...) et travaille comme médiateur culturel au musée de Brou à Bourg-en-Bresse.

Au moyen de différentes techniques de dessin et de peinture, il dénonce le caractère artificiel des conventions sociales, s'attache à renverser les valeurs dominantes du moment et à remettre en cause le « bon goût ». Pour se reposer, il peint des paysages et des animaux, joue à des jeux vidéo et donne, tout en improvisation, des concerts avec son groupe Gilbert is Dead. »

 

Lorsqu'il expose ses œuvres, il impose aux regardeurs des ensembles d'images jouant sur la démesure des formats et des thèmes. Honnête et nature, c'est-à-dire franc et rugueux, il peint au vitriol, sur châssis, toile libre, à l'aquarelle, à l'huile, dessine à la craie grasse et sèche, à l'encre de chine, au stylo à bille, avec branches et brindilles, herbes folles, tout ce qui lui tombe sous la main... Sans stratégie, sauf celle de se surprendre, Jean-Xavier Renaud, en tant que peintre, n'a pas non plus de limites.

Utilisant des techniques et des formats divers, il joue sur différentes séquences temporelles de création. Son travail navigue entre une aquarelle réalisée en une demi-heure illustrant aussi bien un mauvais jeu de mots (« vla François, fuyons ! ») qu'une tension qu'il faut exulter dans l'instant, des motifs à la frontière du kitsch, des peintures de paysages et des grands formats expressionnistes, à l'huile sur toile, ou réalistes, à la craie grasse, accomplis sur plusieurs semaines et dans lesquels il explore, à partir de sa propre expérience, les limites et la violence des relations humaines et des conventions sociales.

 

Sur le Plateau d'Hauteville se présente à ciel ouvert la « carrière franco-italienne », superbe et abandonnée. De mini cirques découpés à même la roche sont comme une invitation à peindre, au départ juste le décor, à l'arrivée peut-être lui-même, en train d'y balancer de la dynamite sur des chasseurs en contrebas, par vengeance, d'où le besoin d'une scène comme celle-là. Mais l'artiste a finalement choisi de se concentrer sur le motif, un paysage, sans figure, sans autre discours que la volonté de se confronter à la peinture de paysage, à partir d'une anecdote pittoresque, littéralement « ce qui mérite d'être peint ».

 

Ne pas se méprendre, Jean-Xavier Renaud n'est ni punk, ni anarchiste, ni révolutionnaire. C'est plutôt un être social pour qui les aléas de la vie constituent autant de motifs à peindre, sans aucune envie de prendre le contrôle, seulement celle de passer toutes les images à la moulinette, sur un chemin de peinture vital, urgent et instinctif : ne pas penser à la place des autres, ne pas chercher à maîtriser les images, mais au contraire chercher un hasard, une rencontre avec le regardeur.

 

Jean-Xavier Renaud est conseiller municipal depuis 2008. Au début, il ne comprend rien, ne trouve pas sa place, n'arrive pas à communiquer. Puis la peinture (« Le conseil municipal »), salutaire, vient à son secours. Elle lui permet d'apprivoiser ce système, ce magma démocratique dont il est témoin et de tourner en dérision les idées fixes et la violence de ses acolytes. Si une image est difficile à assumer, cela signifie qu'il doit franchir le cap, qu'il est près du but. Dans « Les hurlements », il s'interroge sur l'obligation culturelle de faire des enfants vers la trentaine et sur leur utilisation comme bouclier social, comme facteurs économiques de définition sociale.

 

Anticonformiste, Jean-Xavier Renaud propose une autre pratique de l'art et de la vie, subversive et jubilatoire. Il déconstruit les codes culturels et sociaux, les siens, les nôtres, en apprend plus sur lui-même, donc sur les autres et se fait plaisir.

Diogène de Woippy, artiste, peintre, sincère, il vomit sur les faux-semblants et rejette tous les référents, il a juste besoin de crier contre tout ce que la société porte d'aberrant, de se régénérer - lui et les autres -, de se recharger de vie pour nous en faire cadeau.



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