Documentation et édition en art contemporain — Artistes visuels de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Bruno SILVA

créé le 26 Mars 2018

Textes ci dessous :

  • Statement, Bruno Silva, 2018
  • Sur la corde raide, Martial Déflacieux, 2015

 

Autres textes en ligne :

 

 

Statement, par Bruno Silva, 2018

 

Un objet abandonné, un objet désuet, un débris, un résidu d'une rencontre. Je m'entoure de formes marquées par le temps qui parlent d'expériences personnelles, de traces d'usages humains.
 
Marcher et faire image : errer en tant qu'observateur. Je reconstruis ce que je vois, ce que je croise, ce que je trouve.
Je m'approprie pour reformer, pour garder les corps en mouvement, préservant leurs cicatrices, rajoutant sans effacer, comme un geste de ré-affection.
 
Une forme d'errance persiste dans le dialogue entre les corps, dérivant entre les médiums, suivant leurs flux, et jouant avec la nature des choses. Comme une chorégraphie entre une idée et son image, réelle ou fictionnelle, mon travail circule entre la présence et l'absence, l'apparence et la substance, entre le mouvement et l'attente.

 

 

 

Sur la corde raide, par Martial Déflacieux, 2015

 

Sur la corde raide, un mauvais titre... C'est ce que j'ai pensé au début. Puis, très vite, je me suis dit que ça cadrait, comme on dit, que cela collait. Je me suis souvenu de ce moment où Michel, le personnage dans À bout de souffle, lit un journal en fumant une clope devant une affiche où est inscrit : « vivre dangereusement, jusqu'au bout ! ». Dans ce plan, il y a évidemment quelque chose qui fait image et puis il y a Michel et sa démarche désinvolte. « Marcher et faire image » est, pour commencer, une bonne façon de décrire le travail de Bruno Silva.

Et la désinvolture ? A priori, on pourrait croire qu'il y en a. Mais non, je suis persuadé au contraire qu'il y a là beaucoup d'inquiétude, inquiétude à entendre dans deux sens différents : celui qui représente la faculté de s'interroger et l'autre qui manifeste une certaine intranquillité. Parce que les propositions (c'est le nom que j'aimerais leurs donner) de Bruno Silva, semblent régulièrement voir le jour comme apparaissent des questions, c'est-à-dire avec cette sorte de suspension et d'ouverture, mais également avec une perspective, un point de fixation. Pour le dire autrement et en décrivant une proposition que j'apprécie : un ensemble de billes sont lâchées au dessus du sol, elles s'éloignent plus ou moins grandement de l'impact de leur chute, symbolisé par un rond qui en cerne l'espace. Autant dire, un signe visible et fixe qui partage son existence avec celles plus aléatoires et discrètes de billes et de leurs trajectoires.

Voilà ! Il fallait en passer par là pour en arriver ici, pour dire la discrétion. Car de la discrétion il y en a dans ce travail ou plutôt c'est la discrétion qui le travaille. C'est une forme de retrait qui n'est pas un isolement, une présence qui s'affirme en creux. Je pense qu'une des principales choses qui inquiètent les propositions de Bruno Silva, c'est la question de la présence. Cette question se convertit en plein de formes, facilement repérables et identifiables, le jeu, le cadre, la carte, la limite, le parcours, etc. C'est cette étrange forme de présence qui donne aussi aux propositions leurs contours poétiques. On le ressent par exemple facilement avec cette vidéo diffusée sur un ordinateur portable qui repose sur lui-même de façon inhabituelle, tourné d'un quart sur la tranche, et où un cerf-volant semble jouer avec le pourtour de l'écran. À l'exemple de cette proposition, l'exposition Sur la corde raide (Na Corda Bamba), c'est l'histoire d'un équilibre, je dirais même celle de son allégorie...